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Les peurs primaires ou fondamentales

Les peurs innées, fondamentales, primitives sont les peurs qui sont à l’origine des phobies les plus fréquentes. Elles sont à l’origine, des peurs à considérer dans un contexte de vie ou ‘Homme était encore un chasseur cueilleur, devant faire face à sa survie d’heure en heure.

Chacun de nous a eu peur et nous pouvons tous reconnaître la peur chez de nombreuses espèces animales. Pourtant, il n’y a pas de consensus dans l’étude scientifique de la peur. Certains soutiennent que la peur est une construction psychologique d’autres soutiennent que le terme peur ne peut pas être correctement appliqué aux animaux parce que nous ne pouvons pas savoir s’ils ont peur. Les points de vue sur les peurs fondamentales divergent. Les peurs sont-elles innées ou acquises ? Les deux hypothèses ne sont pas toujours autant exclusive l’une de l’autre.

La façon dont la peur est représentée dans le cerveau a suscité beaucoup d’attention dans la recherche, non seulement parce que la peur augmente les chances de survie lorsqu’elle est correctement exprimée, mais aussi parce qu’elle peut entraîner de l’anxiété et des troubles liés au stress (phobies, angoisses…).(voir)

Peurs fondamentales, évolution et réponses universelles

Darwin a soutenu que les émotions chez l’homme et les animaux sont en lien avec la théorie de la sélection naturelle, que la peur est pire de toutes les émotions. Dans son ouvrage portant sur la façon dont les animaux et les humains expriment et signalent aux autres leurs émotions (The expression of emotions in mans and animals). Dans cet ouvrage, il étudia les postures du corps, mais aussi de la face (et les muscles la composant) des hommes et des animaux dans le but de constituer un langage de la physionomie qui serait universel et immuable : « les individus jeunes et âgés de races très différentes, tant chez l’Homme que chez l’animal, expriment le
même état d’esprit par les mêmes mouvements ». Un siècle plus tard, certains chercheurs ont proposé que certaines émotions soient innées, en partie parce qu’elles sont exprimées de la même manière à travers le monde, quelque soit les cultures et les ages. (par exemple, Ekman dès 1977). Il y a un accord croissant entre chercheurs sur le fait que la peur est une émotion adaptative qui motive un comportement de «combat ou de fuite», nécessaire à la protection et à la survie.

La peur est associée à des parties phylogénétiquement plus anciennes du cerveau; Les zones de l’amygdale, qui sont situées profonde et médiale dans les lobes temporaux de le cerveau, ont été impliqués dans le conditionnement de la peur chez divers mammifères, y compris les rats, les souris,lapins et les singes (voir LeDoux 2012). La physiologie et les réponses comportementales sont presque universels en réponse aux stimuli liés à la peur : La fuite, le comportement d’évitement, une fréquence cardiaque plus forte, une pression sanguine plus élevée, une respiration accélérée, l’augmentation du taux d’adrénaline et de glucocorticoïdes. La peur et les réponses qu’elle engendre, sont adaptatives, car elles préparent notre corps pour un combat ou à échapper à un danger potentiel.

Les réponses à la peur sont universelles : face aux peurs fondamentales et apprises

Les deux types de réponses la fuite ou le combat nécessitent une mobilisation de nos ressources via la libération de glucose par l’adrénaline et un apport en oxygène jusqu’aux muscles via la respiration plus rapide afin de rendre l’énergie disponible aux muscles pour combattre ou fuir. Lorsque l’organisme ne peut se mobiliser pour fuir ou combattre, l’être humain se fige, là encore une réponse universelle qui peut être observée en réaction à une peur innée aussi bien qu’à une peur apprise.

Les peurs innées ou fondamentales

Des psychologues évolutionnistes ont suggéré que cette peur s’est développée pour la plupart des menaces auxquelles nos ancêtres étaient exposés. Seligman évoque les peurs « préparée », considérant que l’être humain à défaut de naitre avec certaines peurs innées sont plus réactifs à certains stimuli les rendant plus sensible à développer l’apprentissage de ces peurs. Pour mieux les comprendre, il est utile de comprendre que notre cerveau est un cerveau qui n’a pas évolué à la vitesse du développement de notre société moderne.Il est souvent intéressant de considérer des contextes de vie préhistoriques pour mieux appréhender les peurs biologiques, qui pour les hommes et les femmes modernes, sont l’héritage de notre évolution. Néanmoins, une expérience innée induisant la peur, en plus de produire une réponse adaptative aiguë, induit également la formation d’un souvenir de l’événement effrayant. Ceci est médié par des changements durables dans le cerveau et vise à réduire la possibilité de rencontrer à nouveau la même menace et à mieux faire face à des événements futurs similaires.

Les études montrent une constance dans des peurs universelles, probablement innées : Certains animaux comme les serpents, les araignées et les rats, les hauteurs, les tempêtes, l’obscurité, le sang, les étrangers, la séparation

Les peurs fondamentales d’âge en âge

Comme l’ont démontré les psychologues du développement, les enfants développent des peurs très spécifiques au cours de leur développement. Et comme l’ont démontré les psychologues évolutionnistes, ces peurs prévisibles émergent lorsque les enfants sont les plus vulnérables aux dangers visés par les peurs – ou plus précisément lorsque les enfants auraient été les plus vulnérables à de tels dangers dans des environnements dans lesquels notre espèce a évolué. Bien que notre environnement ait significativement évolué, les craintes persistent dans nos sociétés modernes.

Pour les nourrissons, incapables de se déplacer et de se défendre, les situations les plus dangereuses – dans les environnements ancestraux et aujourd’hui – sont l’absence de caregiver (les personnes qui nous soignent, nous nourrissent, nous protègent) et la présence d’étrangers potentiellement hostiles. C’est la peur de l’abandon, la peur de la solitude.

Lorsque les enfants commencent à se déplacer seuls, et commencent à explorer le monde, ils développent de manière récurrente la peur des hauteurs, la peur du noir.

Vers l’âge de 4 à 6 ans, alors que les enfants commencent à explorer plus largement leur environnement et deviennent ainsi plus vulnérables à la prédation, ils deviennent généralement obsédés par la mort, effrayés par les monstres cachés dans l’obscurité et préoccupés par des animaux dangereux tels que les lions et les tigres.

Du milieu à la fin de l’enfance, des craintes de blessures, d’accidents et de contagion émergent. C’est la peur de la contagions, la peur du sang

A la fin de l’enfance et en particulier au début de l’adolescence, les menaces sociales deviennent «saillantes» pour les enfants – les enfants ont tendance à devenir très anxieux de perdre leur statut, de perdre des amis, d’être ostracisés, et ainsi de suite, précisément au stade de développement où les pairs commencent à être plus importants pour eux que les parents. C’est la peur du rejet.

Liste des peurs fondamentales

La peur du noir, une peur fondamentale

La peur de l'obscurité

La nyctophobie (kénophobie ou scotophobie) – une phobie de l’obscurité, la peur du noir

La plupart des animaux nocturnes ont la capacité de bien voir dans l’obscurité, ils peuvent donc chasser des proies endormies ou sans méfiance. Les animaux carnivores comme les renards roux, les loups, les felins utilisent une bonne vision nocturne pour la chasse. Certains serpents, comme les vipères, préfèrent également chasser la nuit. L’être humain s’il distingue plutôt bien les couleurs est en revanche peu performant à voir dans la pénombre. A la nuit tombé il est donc plus facilement exposé à des prédateurs. L’obscurité est source de danger, sans compter sur le fait qu’en dormant, nous nous exposons au fait de ne pas pouvoir réagir à temps face à un danger imminent, en étant dans le même temps limité pour fuir et éviter les obstacles.

Les études menées en laboratoire ont montré que nous sommes plus réactifs au sons, aux odeurs dans le noir que lorsque qu’il fait jour.

Si les réactions d’inquiétudes sont plutôt naturelles dans la pénombre ou dans le noir, une exacerbation des réactions émotionnelles dans le noir, bien qu’en rapport avec une peur innée, peut devenir un trouble anxieux, une phobie nommée achluophobie ou nyctophobie.

La peur des grands espaces

Quel meilleurs endroit pour être bien en vu des prédateurs si ce n’est dans un large champs, sur une plage landaise ? Ces espaces ouverts ne nous laisse que peut de chance de survivre à un prédateur s’il devait nous repérer dans une telle situation. Entre un guépard dont la vitesse avoisine les 115 km/h, un lion 80 km/h, un léopard 75km/h, un sanglier qui charge 70km/h, un tigre ou un loup  65 km/h, un ours, un rhinocéros ou un loup  à 50 km/h… Aucun d’entre eux ne nous laisserais la moindre chance de survie avec nos modestes 20 à 30 km/h sur de très courtes distances.

Si les réactions d’inquiétudes sont plutôt naturelles dans ce type d’espace ouverts, une exacerbation des réactions émotionnelles, bien qu’en rapport avec une peur innée, peut devenir un trouble anxieux. Bien qu’elle soit régulièrement classé dans la catégorie des phobies sociales et de l’agoraphobie, ce type de peur est bien entendu sans rapport avec la peur des foules

La peur du vide (des hauteurs), une peur innée

la peur du vide

L’acrophobie ou la peur du vide

Sans être spécialiste des interactions gravitationnelles, chacun observe qu’une pastèque qui ferait un saut de quelques mettre s’écraserait avec perte et fracas en entrant en contact avec le sol. Naturellement tous les êtres humains sentent instinctivement qu’il ne souhaiteraient pas être à la place de cette pastèque. Si chacun gère au mieux sa capacité à aborder les hauteurs, en fonction de son équilibre, de son éducation (selon que nous ayons grandi en normandie, sur le plancher des vaches ou dans les alpes), de ses activités (varappe, escalade…).

Des tests sur des nourrissons qui rampent ont montré qu’ils évitaient un précipice apparent (mais recouvert de verre). Pendant longtemps, on a supposé qu’ils faisaient cela à cause d’une peur instinctive et fondamentale. Mais un examen des recherches menées par des universitaires de New York et de Rutgers sont arrivés à une conclusion légèrement différente. Les nourrissons évitent de ramper sur ce qui ressemble à une forte descente, non pas par peur mais à cause des «relations entre leur propre corps et leurs compétences et les propriétés pertinentes de l’environnement qui rendent possible ou impossible une action telle que la descente». Cela semble pour autant anecdotique. Le fait de sentir le vide et de savoir que nous ne pourrons pas faire face à la descente, laisse alors apparaitre une peur naturel du vide.

Les définitions actuelles distinguent trois états différents de réponse à l’exposition en hauteur: un déséquilibre physiologique de la hauteur qui résulte d’un contrôle visuel altéré de l’équilibre, une intolérance visuelle plus ou moins pénible à la hauteur et une acrophobie à l’extrémité la plus sévère du spectre. Des études épidémiologiques ont révélé une prévalence à vie d’intolérance visuelle à la hauteur, y compris l’acrophobie, chez 28% des adultes (32% chez les femmes; 25% chez les hommes) et 34% chez les enfants prépubères âgés de 8 à 10 ans sans prépondérance de sexe.

La peur des prédateurs (volants ou au sol), une peur primitive

Les caractéristiques physiques de l’homme sont relativement maigre au regard des grands prédateurs (lion, tigre, crocodile, loup, ours…). C’est donc naturellement que nous avons appris à nous méfier de certains grands prédateurs auxquels nous continuons de réagir de façon spontané de nos jours. Face à ce type d’animaux, mais aussi face à des animaux plus modestes, tels que des sangliers, des buffles, des taureaux ou autres rhinocéros, nos chance de survies sont minces, pour ne pas dire nulles. De la même manière, nos chances de pouvoir réagir à une morsure de serpent sont a peu près nulles, tant les temps de réaction des êtres humains sont lent comparativement à la capacité de mouvement d’un reptile.

Que dire alors de nos chance de survie face à un grand prédateurs volant, qui pique à plus de 200km/h, elles sont là encore relativement mince, raison pour laquelle selon certaines études, nous baissons la tête dès qu’une ombre plane au dessus de nos têtes.

Peur des serpents et des araignées

peur des araignées

L’arachnophobie ou la peur des airaignées

Du serpent dans le jardin d’Eden aux films modernes comme Arachnophobia, les serpents et les araignées symbolisent le mal. L’une des raisons pour lesquelles ces représentations sont si puissantes est que les peurs des serpents et des araignées sont courantes dans les peurs humaines. En effet, la peur des serpents et des araignées est si courante que, pendant des décennies, les chercheurs ont proposé des origines évolutives adaptatives: «le système de défense face aux prédateurs a son origine évolutive dans une peur prototypique des reptiles chez les premiers mammifères qui étaient des cibles de prédation par les dinosaures alors dominants. Ainsi, à cause de ce système, les serpents et les lézards contemporains restent de puissants stimuli de peur »( Öhman et Mineka, 2001).

En 1971, Seligman a affirmé que les prédateurs vraisemblablement anciens comme les serpents et les araignées détiennent un statut privilégié parmi les peurs humaines. Il a fait valoir que les mécanismes d’apprentissage généraux (conditionnement classique et opérant, apprentissage par observation et transmission d’informations verbales) ne pouvaient expliquer pourquoi certaines peurs et phobies intenses comme la peur des serpents et des araignées, sont plus commune que d’autres peurs. Parce que la peur des prédateurs dangereux favorise un avantage évolutif potentiel, Seligman a proposé que les peurs des serpents et des araignées soient «préparées», ce qui signifie que ces peurs sont particulièrement faciles et rapides à acquérir et plus résistantes dans le temps une fois apprises.

Certains chercheurs affirment que la peur des serpents et la peur des araignées (l’arachnophobie) est innée et n’a pas du tout besoin d’être apprise ( Poulton et Menzies, 2002 ). À l’appui de ce point de vue non associatif, de nombreux adultes ayant des peurs et des phobies de serpents ou araignées ne peuvent pas se souvenir d’expériences spécifiques qui expliquent leurs peurs.(voir)

La peur des bruits graves et forts

Orage, tempêtes, tsunami, tremblement de terre… autant de situation ou nos chances de survie sont clairement engagées. Vous remarquerez comment les bruits sourds, graves nous inquiètes tous. Cette peur fait partie des peurs fondamentales, commune à chacun d’entre nous.

La peur du rejet ou de l’abandon

Au regard du nombre de peurs qu’un individu peut ressentir, au regard des différentes expériences pouvant engager la survie même de l’être humain, on pourrait se demander dans quelle mesure l’être humain peut survivre en milieu hostile. Pour autant, il est aujourd’hui dans le haut de la pyramide en matière de règne animal, et c’est grâce a sa formidable capacité à se socialiser, à vivre en groupe, à créer de l’entraide, à être en capacité à transférer ses avoirs, ses apprentissages, ses connaissances soit oralement soit par écrit qu’il a su se protéger des menaces qui planaient sur lui.

Seul, un être humain n’a qu’une très faible chance de survivre, de se nourrir, de trouver un endroit ou se cacher pour dormir, de s’abreuver… C’est la raison pour laquelle depuis le berceau jusqu’à notre mort, une des peurs les plus profondément ancrée est la peur du rejet et de l’abandon. c’est une peur fondamentale, instinctive, primitive. Comme les autres primates, les humains sont des animaux intrinsèquement sociaux, qui ont évolué pour avoir besoin du soutien de leur famille et de leur tribu pour survivre.

S’il n’existait finalement qu’une seule peur fondamentale ?

Toutes les peurs ont une cause commune. L’incertitude quand à l’issue de ce qui nous attend. En ce sens, s’il ne devait y avoir qu’une seule peur fondamentale, celle-ci serait la peur de l’inconnu.

Peut-être que la première référence écrite directe à la peur de l’inconnu en tant que peur fondamentale est venue de Lovecraft en 1927 : «L’émotion la plus ancienne et la plus forte de l’humanité est la peur, et le type de peur le plus ancien et le plus fort est la peur de l’inconnu ».  Les disciplines psychologiques convergent sur le fait que ce qui nous est inconnu est intrinsèquement évalué comme aversif (Émotion, développement, attachement, neurobiologie).

Les théories de l’ émotion place régulièrement la peur de l’inconnu comme la première étape dans l’accompagnement et le traitement des émotions. Les modèles d’attachement posent explicitement de la peur de l’inconnu comme inhérente au développement des status sécure ou insécure. Enfin, le modèle d’incertitude et d’anticipation de l’anxiété met en avant les interactions négatives avec l’incertitude comme facilitant les réponses inadaptées, y compris «des estimations exagérées de l’improbabilité des risques relatifs à la menace, de l’hypervigilance, de l’apprentissage de la sécurité, de l’évitement comportemental et cognitif et de la réactivité accrue à l’incertitude de la menace»

Les chercheurs en neurobiologie ont mis l’accent sur le fait que la peur de l’inconnu est la  pierre angulaire de l’activation de l’hippocampe en lien avec la peur et l’anxiété. Une méta-analyse récente a mis en évidence, face à l’inconnu,  une augmentation de la variabilité de la fréquence cardiaque et l’activation de l’amygdale et du cortex préfrontal ventromédial. Il existe également «un codage neuronal distinct (y compris des représentations sommaires de type statistique) de l’incertitude qui se produit dans des systèmes neuronaux distincts». De plus, le premier traitement cognitif des stimuli classe automatiquement un stimulus comme menaçant ou non en fonction du fait que ces stimuli soit de nature connus ou inconnus avec des stimuli inconnus systématiquement classés comme menaçants.(voir)

 

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